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Emma PEEL Par Emma PEEL

Julien Courbet : dépôt de bilan pour Service Maximum.

Julien CourbetEn claquant la porte de TF1 pour lancer "Service maximum", sa quotidienne sur France 2, Julien Courbet avait crée la surprise ! Malgré les audiences pas toujours au beau fixe, les attaques de TF1 et les critiques incessantes du pouvoir politique, l’animateur a tenu bon. Cinq mois plus tard, l’heure est au dépôt de bilan.

Q : Quitter TF1 où vous étiez leader depuis quinze ans en deuxième partie de soirée, pour France 2, le pari était osé. Pari réussi aujourd’hui ?

R : Pas encore totalement. "Service maximum" est monté à 13% de parts de marché, ce qui est 2% en dessous de l’objectif fixé par la chaîne. Je suis sûr que nous avons encore une marge de progression.

Q : Quelle a été votre principale erreur au lancement de l’émission ?

R : De n’avoir pas mesuré la difficulté de faire un programme à 19.00 ! Moi qui avais l’habitude des "primes" et des deuxièmes parties de soirée, c’est comme si je débarquais dans un pays étranger où les gens n’ont pas les mêmes habitudes. A cette heure-là, on fait de la télé "debout" : les téléspectateurs sont occupés entre les devoirs des enfants, la cuisine à faire, etc. Il a fallu qu’on le comprenne et que l’on reconstruise l’émission en fonction ; qu’elle soit plus rythmée, plus segmentée.Service Maximum

Q : Y a-t-il une autre difficulté à laquelle vous ne vous attendiez pas ?

R : Pendant mes dernières vacances, 99% des gens qui sont venus me parler m’ont demandé quand je serai de retour dans "Sans aucun doute". Je n’en reviens pas du temps qu’il faut aux téléspectateurs pour comprendre que j'ai définitivement quitté TF1.

Q : Comment expliquer, à l’heure où le pouvoir d’achat est un problème de société, que « Service maximum » ne séduise pas davantage ?

R : Au départ, l’émission était axée sur le "acheter moins cher". Toutefois, on s’est vite rendu compte que ce n’était pas un thème déclinable en quotidienne. On a compris également que les gens préfèrent qu’on leur donne des clés pour bien consommer et ne pas se faire avoir. C’est pour cela que nous avons entièrement repensé "Service maximum".

Q : Tellement repensée, qu’on peut se demander si vous prenez toujours plaisir à l’animer ?

R : Evidemment, oui. Ce qui ne m’amusait plus, c’était de passer huit heures d’enregistrement à hurler sur des gens et à régler des cas vraiment difficiles dans "Sans aucun doute".

Julien CourbetQ : N’avez-vous jamais eu envie de jeter l’éponge ?

R : Je suis contre l’acharnement thérapeutique, alors avant Noël, j’ai vu la direction de la chaîne. Ils m’ont assuré qu’ils avaient confiance et qu’ils voulaient que l’on continue. Dès lors que j’ai la confiance de la chaîne, pourquoi abandonner ? Nous ferons le point mi-février. Avec un jeu, les audiences seraient certainement plus élevées. Cependant, comme nous sommes sur le service public : vaut-il mieux avoir un magazine de service ou un jeu à 19.00 h  ?

Q : Vous avez essuyé les critiques de Nicolas Sarkozy avant même votre arrivée sur la chaîne, puis celles de Frédéric Lefebvre (porte-parole de l’UMP qui avait qualifié le programme "d’émission misérabiliste") et celles de Christine Albanel, la ministre de la Culture et de la Communication… Comment l’avez-vous vécu ?

R : C’était dégueulasse. Et c’est là que l’on voit la perversion de la politique qui est une machine à détruire. J’ai été le pion sur lequel tout le monde tapait pour atteindre le service public et Patrick de Carolis. D’ailleurs, pendant un week-end, ma tête a vacillé avec, de toutes parts, des pressions politiques mais Patrick de Carolis a tenu bon …

Q : Quelle en est la vraie raison ?Julien Courbet

R : J’ai mené mon enquête et toutes ces attaques venaient de la même famille politique. Des gens de TF1 qui n’avaient pas envie que je parte, des gens à qui je m’étais attaqué dans "Sans aucun doute" et des gens en interne qui voulaient cette case horaire. Tous ces gens font partie d’un même réseau politique.

Q : En direct, vous avez même proposé votre tête à Christine Albanel… C’était préparé ?

R : J’étais excédé qu’on me tape systématiquement dessus, alors j’ai voulu régler le problème une bonne fois pour toutes … Et lui dire : "Si tu veux que je m’en aille, si tu as un copain à placer, je pars, mais dis-le". 

Q : Honnêtement, à aucun moment, vous n’avez regretté d’avoir quitté la Une ?

R : Le défi de cette quotidienne est plus compliqué que les autres mais je ne regrette pas une seconde mon choix d’avoir quitté TF1.

Julien CourbetQ : Quels sont vos projets avec France 2. On parle d’un  "prime" de "Service maximum" ?

R : Ca pourrait se faire vite. Je réfléchis aussi à des émissions plus divertissantes, pourquoi pas un jeu. J’aime aider les gens, mais j’ai envie de faire autre chose aussi.

Q : Vous êtes parti en mauvais terme de TF1. Quels sont vos rapports avec la Une, à présent ?

R : Cordiaux. Nous avons eu des échanges juridiques un peu tendus, mais, depuis, j’ai revendu à TF1 la licence du "Grand frère" et du "Détective", des programmes que j’avais créés.

Q : Un avis sur Christophe Moulin, votre remplaçant de "Sans aucun doute" ?

R : L’émission continue à fonctionner. C’est que le concept est bon et j’en suis fier. Maintenant, j’ai quinze ans d’avance sur mon remplaçant, il faut qu’il trouve ses marques.Julien Courbet

Q : Il y a deux ans, vous déclariez : " Si je ne fais plus d’antenne, je ne donne pas cher de ma peau". La télé, c’est une drogue dure ?


R : Mon moteur, c’est de me lever pour animer des émissions. Si on m’enlevait la télé et la radio, je ne vois pas bien ce que je pourrais faire.

Q : Quelle est la différence entre Julien Courbet, à l’antenne, et Frédéric (son vrai prénom) dans la vie ?

R : Dans la vie, je suis quelqu’un d’introverti. J’ai une vie tranquille : j’emmène mes enfants à l’école et je promène mon chien. La caméra et le micro me permettent d’en faire des tonnes … et ça fait du bien aussi.



Dépôt de bilan pour Service Maximum. En décidant d’arrêter l’émission de Julien Courbet, la chaîne a finalement choisi d’en finir avec un programme qui n’a pas attiré les foules, puisqu’il est tombé à un peu plus de 8% de l’audience alors qu’il était programmé du lundi au jeudi à 19 heures pour en réunir 15%. Le pari, c’est vrai, n’était pas évident. En passant l’an dernier de TF1 à France 2, Julien Courbet devait apporter au service public le meilleur de la télé privée, c’est à dire sa capacité à faire de l’audience, sans pour autant y instiller le pire, à savoir un certain voyeurisme sur les petites misères du quotidien. Au final c’est raté ! Mais si l’opération se solde par un échec, jure-t-on à France 2, ce n’est pas tant en raison de la présence de Julien Courbet que parce que les Français ne se sont pas retrouvés dans un magazine de consommation qui se proposait de leur offrir bon plans et services malins en période de crise. Motif : plutôt que des conseils utiles pour faire face à la baisse de son pouvoir d’achat, le téléspectateur veut surtout s’évader ou comme on dit à France 2, réenchanter son quotidien. Il devrait pouvoir le faire avec un jeu, N’oubliez pas les paroles, avec Nagui, qui remplacera Service Maximum pendant les vacances de février et sera suivi sans doute par un autre jeu que pourrait animer Julien Courbet lui-même. Au grand dam de Nicolas Sarkozy, qui aurait confié en privé l’été dernier qu’il ne comprenait pas pourquoi France 2 avait fait appel à l’ancien animateur de TF1 au moment même où il demandait au service public de mieux assurer son identité. Seulement voilà, le groupe France Télévisions doit absolument consolider son avant soirée s’il veut attirer des annonceurs avant 20 heures et de ne pas trop creuser son déficit. Il a cherché à le faire avec des têtes d’affiche pas forcément bien employées comme Courbet ou Christophe Hondelatte, qui a dû lui aussi renoncer à sa case le vendredi soir. Réussira-t-il demain ? La prochaine vedette à pâtir de ses difficultés d’audience et d’image pourrait bien être Jean-Luc Delarue, l’animateur de Ca se discute, qui en sept ans, a perdu plus de la moitié de sa part d’audience.



Emma PEEL

S.M.N. Lundi 9 Février 2009

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