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Foreigner : retour vers le futur...

Pour une nouveauté, Can’t Slow Down n’est plus de la toute première fraîcheur. En vente depuis fin septembre 2009 aux États-Unis, il ne sort que le 1er mars en Europe, comme s’il avait dû traverser l’Atlantique en pagayant à la petite cuillère. D’un autre côté, cela faisait quinze ans que Foreigner se contentait d’aligner les compilations (plus un CD live en 2006), on n’était donc plus à six mois près. Et tandis que la date du concert parisien approche à grands pas (le 13 avril au Grand Rex), le guitariste Mick Jones et le chanteur Kelly Hansen nous ont présenté leur nouvel album.

Mr. Moonlight remonte à 1994 et, quelque part, on n’y croyait plus. Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre le chemin des studios pour enregistrer un disque ?

Mick :
En fait, il n’y a pas eu de volonté délibérée de notre part de disparaître du circuit. On s’est retrouvés coincés avec Lou Gramm, l’ancien chanteur, à enchaîner les tournées parce que c’était la seule chose que l’on pouvait faire. À la fin des années quatre-vingt-dix, le climat n’était pas très favorable aux groupes comme le nôtre. Puis, mes relations avec Lou se sont progressivement dégradées et nos routes se sont séparées. Je me suis alors retiré du business de la musique pendant près de deux ans et je n’ai entrepris de reconstruire le groupe qu’à partir de 2004, mais sans y parvenir réellement avant 2005.  

Qu’as-tu fait pendant ces deux ans ?

Mick :
Rien de spécial… et surtout rien qui soit en rapport avec la musique ! Il faut bien voir que je tournais depuis une éternité et que j’avais besoin de recharger mes batteries, de passer du temps avec ma famille. Jusqu’à ce que j’entende dire que Lou était en tournée et qu’il utilisait plus ou moins le nom de Foreigner. Il se produisait certes en tant que Lou Gramm, mais la plupart des gens avaient l’impression qu’il s’agissait de Foreigner puisque, nous, nous n’occupions plus le terrain. Or, d’après les échos que j’en avais, la qualité des concerts laissait à désirer. Donc, au bout d’un moment, cela m’a énervé et j’ai pensé qu’il faudrait peut-être que je mette les points sur les "i" en repartant au feu, histoire de montrer ce qu’est le "vrai" Foreigner. Je me suis alors associé au batteur Jason Bonham, - (le fils de John, ex batteur de Led Zeppelin) - qui m’a amené le bassiste Jeff Pilson, on a commencé à jammer ensemble, et cela sonnait rudement bien. Puis, j’ai invité d’anciens membres de Foreigner, Thom Gimbel à la guitare rythmique et au saxophone, et Jeff Jacobs aux claviers. Là, je savais que je tenais un groupe capable d’interpréter dignement nos morceaux, mais la situation était devenue critique parce que l’on avait déjà booké des concerts et que l’on n’avait toujours pas de chanteur. Et, heureusement, au dernier moment, Kelly m’a retourné le CD instrumental que je lui avais envoyé en lui demandant d’ajouter sa voix dessus, un peu comme dans un karaoké, et j’ai été stupéfait par sa prestation. Dès que j’ai entendu Kelly, je me suis dit que j’avais peut-être tiré le bon numéro.

Était-ce à cause des similitudes entre son timbre et celui de Lou, si tant est que c’était ce que tu recherchais ?

Mick :
Non, pas vraiment. Au-delà du timbre, je voulais surtout quelqu’un qui puisse rentrer dans les chansons et comprendre comment leur donner vie. Puis, Kelly m’a remis dix mille dollars en liquide et cela a fini de me convaincre. (rires)

Foreigner 2010

Et toi, Kelly, quels souvenirs gardes-tu de votre rencontre ?

Kelly :
Après avoir écouté le CD, ils m’ont fait venir en répétition. C’était la première fois qu’ils rejouaient ensemble depuis un concert caritatif qu’ils avaient donné quelques mois auparavant, j’ai chanté cinq ou six morceaux avec eux — les grands classiques — et je suis rentré chez moi sans avoir la moindre idée de ce qui m’attendait. En ce qui me concerne, je trouvais que je m’étais bien débrouillé, mais il subsiste toujours une part d’incertitude dans ce genre de circonstances. Puis, dans l’heure qui a suivi, ils ont appelé des gens qui me connaissaient, qui avaient bossé avec moi ou qui m’avaient vu sur scène, pour savoir ce que je valais réellement, si j’étais sympa, etc. Or, ils ont dû avoir de bons échos puisqu’ils m’ont téléphoné juste après ! (rires) Ensuite, cela n’a pas traîné : comme les premiers concerts étaient imminents, ils m’ont demandé de venir répéter avec eux dès le lendemain. On a eu, en tout et pour tout, cinq jours de préparation avant de monter sur scène. Mais, cinq ans plus tard, je suis encore là ! 

Cinq jours, c’est court. Cela t’a-t-il suffi ?

Kelly :
Oui, j’ai réussi à mémoriser les morceaux. Je n’avais même pas d’antisèche pour les paroles ! Bien sûr, j’ai eu quelques petits trous de mémoire par-ci par-là, mais c’était inévitable. Il faut du temps — et donc de nombreux concerts — pour que tout s’imprime dans le cerveau et que cela sorte inconsciemment.

Tu disais tout à l’heure, Mick, que les années quatre-vingt-dix n’étaient pas très favorables aux groupes comme Foreigner, mais penses-tu que l’époque actuelle convienne mieux ?

Mick :
Oui, nettement. Parce que les classiques du rock sont de retour en force. C’est l’un des genres qui passent le plus en radio aujourd’hui aux États-Unis et il y a pas mal d’ados qui commencent à s’y intéresser. C’est sans doute dû au succès des jeux vidéo comme Guitar Hero qui ont beaucoup aidé les groupes à renouveler leur public. Donc on est bien plus confiants, d’autant que les premières réactions à l’égard de Can’t Slow Down sont très positives. Le line-up est devenu stable, Kelly a été officialisé en tant que chanteur puisqu’il est sur le disque, et on passera le plus clair de notre temps en 2010 à tourner d’arrache-pied. On avait pas mal de boulot pour restaurer l’image de Foreigner et retrouver notre prestige. Parce que, dans les années quatre-vingt-dix, vu l’état dans lequel était Lou, le niveau du groupe avait singulièrement chuté. Nos performances en concert en ont souffert et on avait du pain sur la planche pour remonter la pente. D’où ces tournées intensives que l’on a enchaînées pour nous réconcilier avec notre public.

Foreigner

Jusqu’à présent, cependant, Unusual Heat était le seul album studio de Foreigner sur lequel Lou ne figurait pas et c’est aussi celui qui s’est le moins bien vendu. Est-ce quelque chose que vous aviez en tête lorsque vous avez dû choisir son remplaçant ?

Mick :
Non. D’ailleurs, je dois bien avouer que j’ai fait un peu ce disque par désespoir pour permettre à Foreigner de continuer. 1991, c’était une sale période. Le grunge venait de décoller et on a méchamment morflé.
Kelly : C’était très dur pour les groupes qui avaient des chanteurs…

…qui chantent ?

Kelly :
Oui ! (rires) Mais je ne voudrais pas non plus avoir l’air de dire que l’on ne sait pas chanter dans le grunge. Le style est différent, c’est tout. Et, pour l’avoir vécu, je peux affirmer que personne ne voulait d’un mec comme moi au micro, à l’époque. J’ai dû faire autre chose.

As-tu essayé de changer de style pour coller aux tendances du moment ?

Kelly :
Ce n’aurait pas été sincère. Et cela aurait été tellement visible que le résultat ne pouvait être que ridicule. Donc, je me suis simplement efforcé de devenir un meilleur auteur et un meilleur chanteur tout en bossant comme producteur et ingénieur du son. Mais je savais que ce ne serait que temporaire. Dans la musique, tout fonctionne par cycles. Certains genres deviennent populaires, puis ils sont remplacés par d’autres, et ils finissent par revenir. Il fallait juste que je sois patient.


Hervé SK Guégano

S.M.N. Lundi 8 Mars 2010

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