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Par Eric MONTANA
Dans cette Italie de fin août 2009, prise en otage entre une classe politique corrompue et la mafia, le nouvel album de Pino Daniele "Electric Jam", apporte un peu d'oxygène à ce pays qui étouffe.
Nos amis italiens tout comme nous ici, assistent impuissants à la désintégration progressive de leur beau pays, sous les coups de boutoir d'un Berlusconi dont l'arrogance n'a d'égal que l'indécence, et sous la férule d'un mouvement d'imbéciles racistes et xénophobes, regroupés dans un parti politique appelé La Ligue du Nord, principal pourvouyeur de haine raciale et d'islamophobie dans la péninsule.
Au Sud, à partir de la Campanie jusqu'à la Calabre et la Sicile, la Mafia toute puissante a transformé certaines routes en dépotoir anarchique à ciel ouvert, et les habitants des plus belles villes méridionales d'Italie, en citoyens en colère, désabusés et déçus par le triste spectacle politique et de la Mafia complice. Autant dire que ce pays est au bord de l'explosion sociale et que tôt ou tard, - comme l'assène le populaire et craint Beppe Grillo -: "Les responsables de cet immense bordel devront eux aussi rendre des comptes."
Je connais Pino Daniele depuis les années 70. Jeune musicien, il jouait de la guitare avec un groupe de Naples appelé les Showmen et dont le leader était James Senese, un saxophoniste métisse italo-américain. A l'époque, moi-même jeune musicien professionnel, je quittais la vie parisienne dès la fin du mois de mai, ma Gibson en bandoulière, pour aller passer mes étés en tournée le long des 2000 kilomètres de plages de la péninsule, en gagnant ma vie comme guitariste-chanteur avec des groupes italiens amis.

Bien évidemment, dans ces années-là, nos routes se sont croisées parfois, et il m'est même arrivé de m'extasier devant ce musicien napolitain au timbre de voix si particulier, lorsqu'il se produisait dans l'un des nombreux night-clubs de la Riviera d'Ulysse, sur la côte tyrrénienne du Latium. Il nous est même arrivé de faire un ou deux "boeufs" ensemble dans les clubs du port de Gaeta, charmante petite ville balnéaire où est installée une importante base navale américaine, et où des jeunes mercenaires de la musique comme nous l'étions à l'époque, pouvaient pendant la période estivale, gagner agréablement leur vie. Sea, Sex and Sun. Souvenirs, souvenirs nostalgiques... Le temps et la vie passent trop vite....
C'est en 1976 que Claudio Poggi, producteur chez EMI Italy écoute une K7 contenant quelques maquettes du jeune Pino Daniele auteur-compositeur-interprète et guitariste au style très claptonien. Pas de doute, l'artiste avait convaincu en quelques chansons, une des major compagnies de la péninsule de lui signer son premier contrat et produire un 45 tours de 2 titres.
Terra Mia, son premier album publié en 1977, illustre le lien profond du chanteur avec la chanson napolitaine et la culture méditerranéenne.
Avec James Senese, ami de longue date de Pino Daniele, saxophoniste italo-américain avec qui il écumait les clubs de la Riviera d'Ulysse entre Naples et Terracina, il réalise ensuite pas moins de 3 albums parmi lesquels Pino Daniele (1979), Nero a metà (1980) et Vai Mo (1981).
Influencé par la musique rock, par le jazz de Louis Armstrong, par George Benson et surtout par le blues, il réalise une synthèse personnelle de ces différents courants musicaux et il en fera son identité propre.
C'est ainsi qu'en 1981, il crée l'évenement en réunissant plus de 200.000 personnes à l'occasion d'un concert donné Piazza del Plebiscito à Naples. L'époque du neapolitan power (energie napolitaine) était née. Regroupant au sein de sa formation les meilleurs musiciens italiens parmi lesquels Tullio De Piscopo, Joe Amoruso, Rino Zurzolo, Tony Esposito et James Senese, il marque par la qualité de ses prestations la scène musicale italienne. Puis, chacun des musiciens reprend sa route pour développer une carrière solo, mais à chaque concert de Pino Daniele, tous sont présents à l'appel.
La passion et la curiosité de Pino pour toutes sortes de courants musicaux lui offrent l'opportunité de donner naissance à un nouveau style musical qu'il surnomme le "taramblù" mélange de tarentelle et de blues, assumé comme emblème des deux différentes cultures.
En 1982 commencent les premières collaborations avec les musiciens de renommée internationale parmi lesquels le bassiste Alphonso Johnson et Wayne Shorter, sax soprano du groupe mythique Weather Report. Ensemble ils réalisent l'album Bella 'mbriana qui restera parmi les chef-d'oeuvres de l'artiste napolitain.
En 1987, il récidive avec un nouvel album à coloration internationale et sur lequel on remarque la présence de musiciens de haut niveau comme Pino Palladino à la basse, Bruno Illiano aux claviers et au piano, Jerry Marotta batteur de Peter Gabriel, Mel Collins au saxo et Mino Cinelù percussioniste de Weather Report.
En 1989, il tourne partout en Europe en compagnie de Randy California, Pete Haycock, Steve Hunter, Robby Krieger des Doors, Andy Powell, Ted Turner, Leslie West, Phil Manzanera de Roxy Music et Jan Akkerman.

La voix de Pino Daniele a un timbre singulier et pénétrant. Ses variations sont utilisées de manière expressive et ne laissent personne indifférent.
A partir de 1995, les chansons reflètent un engagement plus formel de l'artiste dans le domaine politique et écologique et finit par toucher un public plus large avec l'album Non calpestare i fiori nel deserto, opus vendu à plus d'1.200.000 exemplaires ! C'est ainsi qu'il devient avec Khaled et Youssou N'Dour un des artistes parmi les plus représentatifs de la World Music.
Pino Daniele est aujourd'hui l'un des artistes italiens parmi les plus connus dans le monde. Après avoir fait les premières parties des concerts de Bob Marley, s'être produit à l'Olympia de Paris, à Cuba avec des artistes comme Ralph Tower, Yellow Jackets, Mike Mainieri, Danilo Rea, Mel Collins, il joue pendant une tournée estivale avec Pat Metheny, Almamegretta, Eros Ramazzotti.
Il collabore en outre avec Gino Vannelli, Zucchero, Manu Katché, Bernard Lavilliers, Simple Minds, Steve Gadd, Billy Cobham, Al di Meola, Gato Barbieri et Chick Corea puis participe à l'album Oltre de l'immense Claudio Baglioni. Et cerise sur le gâteau, même le légendaire Eric Clapton dans un article publié par le grand quotidien italien "La Repubblica" déclare toute l'admiration qu'il a pour l'artiste napolitain.
Autant dire que s'il fallait nommer toutes les célébrités avec lesquelles Pino Daniele a collaboré, il nous faudrait remplir plusieurs pages.
A l'occasion de sa tournée européenne et de la sortie de son nouvel album Electric Jam, opus composé de 6 titres inédits, nous n'avons pu résister à l'envie d'en faire notre Coup de Coeur en cette rentrée de Septembre 2009 avec Io vivo fra le nuvole et que vous entendez sur cette page.
Outre ses qualités artistiques, nous apprécions Pino Daniele aussi pour ses qualités humaines. Universaliste, son coeur a toujours penché du côté des faibles et des opprimés. Ses prises de positions courageuses contre le dirigeant politique raciste et xénophobe qu'est le représentant de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, lui ont valu quelques ennuis avec la justice italienne.
En effet, l'ami politique et membre de la majorité de Silvio Berlusconi ne supportait pas que l'on remette en cause ses thèses ignobles et avait décidé d'utiliser son nouveau pouvoir pour règler ses comptes avec l'artiste.
Nous voulons exprimer à l'ami Pino Daniele, notre sincère considération et l'assurons de notre plus profond respect.
Grazie e ciao amico Pino.
Eric MONTANA.
S.M.N. Lundi 31 Août 2009