![]()
Par Ophélie RICHARD
Idriss El Mehdi est le pianiste attitré de CALOGERO depuis plus de 7 ans avec lequel il a noué une relation forte et complice.
Mais c’est en tant qu’auteur-compositeur-interprète qu’il réalise son premier opus autour du guembri, instrument traditionnel gnawa.
Né à Casablanca au Maroc, Idriss El Mehdi découvre le piano et le jazz à l’âge de 11 ans. Encouragé par son mentor, le saxophoniste Bryan WOOD, il rejoint 3 ans plus tard une formation casablancaise, avant de créer à 16 ans son propre trio jazz, le Plaine Swing Jello.
A 18 ans, il débarque à Paris et suit un cursus complet à L’American School of Modern Music puis rejoint la Bill Evans Piano Academy
Ensuite il fonde un trio jazz le puis un quintet avec lequel il écume les salles parisiennes du Sunset au Duc des Lombards.
Au début des années 90, MEHDI IDRISS BENNANI est rattrapé par ses origines. Il fonde le MEHDI BENNANI GROUP, une formation dont le répertoire marie le jazz aux couleurs de la musique orientale.
Le résultat ne manque pas de charmer un public international et c’est à cette période que MEHDI va faire une rencontre décisive avec le Maalem MAHMOUD GUINIA qui l’initie à l’art subtil du guembri.
Il ne s’est détaché des notes de son piano que pour explorer la tradition musicale de son enfance à travers cette basse africaine des maîtres gnawas.
Les gnawas sont les descendants d’anciens esclaves originaires d’Afrique Noire, Un prince marocain leur avait attribué ce nom en les amenant au Maroc pour les soumettre à l’esclavage.
Ils ont eu l’interdiction de chanter jusqu’à leur libération en 1558. Constitués en confréries, à travers le Maroc, ils sont des joueurs de crotales, des médiums ou simplement des adeptes.
Depuis près de 15 ans, armé de son piano et nourri des plus riches collaborations (Jho Archer, Luz Casal, Théophilo Chantre, Garry Christian, Christophe, Calogero, Bruno Maman, Michel Delpech, etc,) Idriss El Mehdi a sillonné les scènes du jazz oriental, de la pop et du rock avant de créer, au carrefour de toutes ses influences, une musique inédite et passionnée, passant progressivement de la world-fusion à un style plus pop-folk auquel il réintègre petit à petit le piano.
Il évoque la nouvelle génération métisse : sa parole forte et simple, en français, bercée de ce qu’il aime appeler la “pop-gnawa” est une pensée universelle ouverte à toutes les générations et tous les pays…
Voici comment Idriss El Mehdi raconte sa rencontre et son histoire d’amour avec le guembri.
Ma rencontre avec le guembri a été fulgurante. J’ai tout de suite été intrigué par cet objet fait de bois et de peau. Moi, le pianiste habitué depuis tant d’années à avoir à ma disposition quatre-vingt huit notes de musique pour m’exprimer, je me trouvais face à trois simples cordes faîtes de boyaux de chèvre enroulées sur elles-mêmes.

Et dans ces cordes, toute l’histoire de la musique, depuis sa création, demeurait. Ma fascination allait laisser place à une réelle passion. J’entrepris, timidement d’abord, un lent travail d’apprentissage de l’instrument. Mes quelques séjours à Essaouira auprès du Mâalem Mahmoud Guania me donnèrent un aperçu des techniques utilisées.
Mais plus que cela, c’est bien l’âme profonde de la musique gnaoua qui, à mon insu, allait s’infiltrer peu à peu dans mon coeur. Chaque retour à Paris me voyait encore plus déterminé à apprivoiser le guembri. Chaque jour je posais une pierre de plus sur la compréhension de cet instrument et de cette musique.
Je travaillais patiemment et développais ma technique en me souvenant de ce que j’avais vu et entendu là-bas au pays. Vint ensuite le moment où il me fallait allier le son de ma voix aux formes traditionnelles. J’apprenais alors les chants gnaouis et joignais enfin méthodiquement le geste à la parole.
Le processus fût long mais chaque jour je pouvais constater, avec fierté et sérénité, mes progrès. Enfin mon instinct de compositeur se réveillait et je composais un soir ma première chanson avec le guembri. Comme j’imaginais un mélange de rythmes marocains et brésiliens, je l’appelais “guembaia“, et demandais à mon ami Téophilo CHANTRE dont j’ai été le pianiste pendant 6 ans, de m’inventer un texte en portugais. Ce qu’il fit avec talent, répondant à mon voeu d’avoir un texte simple, se rapprochant de l’esprit des chants gnaouis et qui ferait un lien entre le rituel de transe gnaoua et celui de la baia brésilienne.
Les autres compositions allaient suivre bientôt, m’indiquant une voie que personne ne devait avoir exploré encore avec le guembri. Cette voie se dessinait de plus en plus au fur et à mesure que mes goûts musicaux se précisaient. Je me familiarisais de plus en plus à l’idée de chanter en français et trèsvite écrivais mes premiers textes en français tels que “Woyé Woyo”, “Je m’allège”, “Un jour meilleur” et “On cherche un chemin”.
Moi qui étais destiné à devenir un pianiste de jazz, j’étais en train d’inventer un son nouveau. Aujourd’hui je sais que le travail que j’ai engagé il y a six ans, a abouti. Et ce que j’imaginais alors, un son pop-folk-guembri , une musique que personne n’avait encore imaginée chez moi au Maroc, avait finalement pris forme à force de patience et de détermination.
C’est le fruit de ce voyage passionnel que je vous invite à partager avec moi .
Idriss El Medhi est sans nul doute un artiste atypique qui apporte un son nouveau dans le paysage musical actuel. SHOW-MAG.NET est encore une fois heureux de vous faire découvrir à vous chers lecteurs-auditeurs, un talent qui sort des sentiers battus et qui ouvre de nouveaux horizons.
Nous vous invitons à découvrir d'autres titres sur sa page MySpace à l'adresse suivante :
http://www.myspace.com/idrisselmehdi
Ophélie RICHARD
© S.M.N. 1er Janvier 2009